Cloclo, le film 44

On va pas s’mentir, musicalement parlant, j’en suis un peu restée au Disco. Que je n’ai d’ailleurs même pas l’âge d’avoir réellement connu – m’enfin bon les gens qui aiment la musique classique sont jamais allés aux concerts de Mozart non plus ?! Donc Cloclo, le film, on peut dire que je l’attendais parce que, succès ou navet, l’idée d’écouter Belinda à fond dans un cinéma suffisait amplement à me motiver ! Claude François en revanche, m’indifférait assez. J’avais bien vu deux ou trois reportages qui le présentaient plus comme un tyran que comme un saint, mais à vrai dire sa vie ne m’intéressait pas plus que ça. C’est donc plutôt guillerette et sans réelles attentes (autres que “sonores”) ni idées préconçues que je suis allée à la projection hier et que, du coup, la GROSSE CLAQUE je l’ai carrément pas vue venir

Cloclo, c’est un biopic. Un genre cinématographique plutôt à la mode, même si cette mode-là en lasse voire agace certains – dont je ne fais pas partie. J’aime bien les biopics, de la même façon qu’en littérature je préfère largement les biographies aux romans ou fictions. Bref, Cloclo est un biopic qui s’attarde un peu plus sur la vie de l’homme que sur son métier (par exemple, le film restitue l’ambiance fan’attitude – exprimant très largement le rapport entre Claude et ses fans – plus qu’il ne parle du “chanteur à clodettes”) et justement, l’histoire de cette vie-là, je ne la connaissais pas. Je savais la gloire, les femmes et le caractère “poussif” de Claude François mais j’ignorais finalement tout de la vie et de la personnalité de ce “chanteur malheureux” et assez clairement torturé et plutôt “tortionnaire”, aussi (une explication est d’ailleurs donnée très brièvement par sa mère dans le film, mais je ne sais pas si elle est vraie ou si elle a été inventée pour faire passer la pilule et ne pas trop ternir l’image de l’idole…).

Je me demande d’ailleurs si les véritables fans de Cloclo apprécieront tellement le film, car pour être honnête je me suis dit en sortant que, définitivement, Claude François il valait mieux l’avoir dans son mange-disque que dans sa vie, tant de mon point de vue le film dessert plus son image qu’il ne la sert… Et pour avoir lu que Florent Emilio Siri avait du âprement négocier avec l’entourage du chanteur (avec ses fils notamment, très largement impliqués dans la production du film…) pour que certains traits moins “aimables” et longtemps tus de Claude François soient montrés dans ce film, je me dis que le résultat doit être en deçà de la réalité, et qu’en vrai l’homme devait être infiniment plus “dur” encore qu’il ne l’est à l’écran.

Sans spoiler (bon en même temps on peut pas vraiment spoiler un biopic hein, on sait tous qu’à la fin il redresse l’ampoule et puis shplaf), j’ai vraiment été étonnée de voir l’image d’une idole aussi écornée. Même si le film offre un plaidoyer de circonstances atténuantes et ne juge pas tant que ça, j’en suis sortie un peu amère sur la légende Claude François. Néanmoins, les tensions et la vie tortueuse (hyper résumée, même en 2H28) laissent la part belle au génie de celui qui fut certes un chanteur mais aussi un chef d’entreprises et un perfectionniste et avant-gardiste ambitieux et bosseur. Bref, un type au final assez inspiré/inspirant à la vie mouvementée – donc cinématographiquement passionnante – qui comme beaucoup de personnages si hauts en couleurs et en talent, sont odieux à la ville mais brillants à la scène…

Pour parler plus “techniquement” du film, vous lirez partout que l’incarnation de Claude François par Jérémie Renier est époustouflante et elle l’est. Les mots me manquent pour dire combien sa présence et son jeu d’acteur sont extraordinaires et, qui plus est, servis voire sublimés par des prises de vue et autres images somptueuses. Ce qui fait que ce film, même pour ces deux seules raisons, mérite déjà 1000 fois d’être vu ! Concernant la bande son, objectivement, les chansons de Cloclo sont assez présentes mais paradoxalement bien moins que je l’imaginais, et hommage est aussi rendu aux autres très grands noms de l’époque comme Johnny Hallyday, Otis Redding ou encore Franck Sinatra.

En résumé (mais sans trop en dire…), je me suis laissée surprendre et totalement embarquer par ce film, au point d’en être émue aux larmes (pourtant chuis pas du genre à chouinasser au ciné…) ! Mais émue aux larmes, vraiment, et à 2 reprises parce que ce film a réussi à me faire totalement lâcher prise (ce qui n’est pourtant pas mon style non plus) pendant près de 2H30 et à me porter dans l’univers, à la fois pailleté et sombre, de Cloclo… Bref un sacré bon moment de cinéma et une putain de belle claque, alors que vous soyez fan de Claude François ou pas, que vous aimiez ses chansons ou pas, sincèrement FONCEZ-Y !

Cloclo, c’est le destin tragique d’une icône de la chanson française décédée à l’âge de 39 ans, qui plus de trente ans après sa disparition continue de fasciner. Star adulée et business man, bête de scène et pro du marketing avant l’heure, machine à tubes et patron de presse, mais aussi père de famille et homme à femmes… Cloclo ou le portrait d’un homme complexe, multiple ; toujours pressé, profondément moderne et prêt à tout pour se faire aimer.” Un film de Florent Emilio Siri, avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Monica Scattini, Sabrina Seyvecou, Ana Girardot, Joséphine Japy, Maud Jurez, Marc Barbé… Au ciné mercredi 14 mars 2012.