Juste
Lundi matin. J’écoute, non sans envie, une collègue qui rentre d’un périple aux States…
Elle raconte la grandeur – pour ne pas dire l’immensité – de ce pays où, dit-elle, tout semble possible. Une fois le merveilleux (plages, paysages…) passé, elle décrit alors ce qui l’a frappée, le fossé riches/pauvres. Oui, poursuit-elle, “là-bas les riches sont vraiment riches et les pauvres sont vraiment pauvres”. Son récit s’achève par “là bas, on peut tout perdre du jour au lendemain, c’est pas comme en France où il y a les aides“… Et là, je bondis.
Presque démesurément pour elle qui ne connait rien de mon histoire. Je bondis parce que, ici AUSSI, on peut TOUT perdre !!!! Sans donner d’inutiles et intimes détails, je lui décris comment moi, une fille plutôt “favorisée” j’ai justement tout perdu. Pas en une nuit c’est vrai, en quelques mois. Mais quelle différence au fond ? Car ce qui m’a sauvée de la rue, et qui potentiellement sauverait n’importe quel américain, c’est mes parents. Mes parents, RIEN d’autre.
Les aides, les premières, on les touche en justifiant de 3 mois sans revenu. Mais 3 mois sans revenu, c’est déjà 3 mois de loyers et de factures en retard non ? Qu’un RMI et une alloc’ logement (600€ environ) n’aideront JAMAIS à rembourser. Donc oui, en France aussi on peut tout perdre du jour au lendemain et, sans famille ou amis, on peut se retrouver sans RIEN.
Ca me hérisse. Ca me hérisse qu’en 2008 on pense encore ça de la France. Ce n’est pas la faute de ma collègue, c’est la faute de la désinformation. Ou, pire, de la mauvaise information. On préfère montrer ces heureux profiteurs d’RMIstes, ces fainéants en vacances toute l’année qui vivent tranquillou dans des apparts où ils ne payent même pas la taxe d’habitation et qui passent leurs journées à zoner devant une télé pour laquelle ils ne payent pas la redevance ! Bref, on préfère croire, pour s’en convaincre et avoir la conscience tranquille ?, qu’en France les pauvres ont presque de la chance d’être aussi bien lottis. Et cette image politiquement correcte, à des annnnnnnnnnnnées lumières de la REALITE (= celle qu’on tait et qu’on cache pour ne pas effrayer celui qui pourrait la vivre demain…), elle me rend DINGUE.
Encore plus dingue maintenant que pendant mes deux années de RMI d’ailleurs. Tout simplement parce que j’en suis sortie, et que j’ai retrouvé ce qui – bien plus que l’argent – m’a terriblement manqué pendant deux ans : ma dignité. Deux ans à vivre en tant que “honte de la société” (c’est pas juste une formule, je l’ai entendu…), deux ans à s’excuser de demander pardon, deux ans d’insomnie, de peurs interminables de Demain, d’affronts ouverts (ANPE, médecins, spécialistes, employeurs et parfois même “monsieur tout l’monde”) ou pas (le RMI “fait causer” comme on dit chez moi … enfin ça fait surtout causer les cons !), deux ans de cauchemar et de lutte où, à chaque instant, j’essayais de donner le change.
Pudique, fière aussi, je n’ai montré, à mes amis, que ce que je voulais leur montrer. Je n’ai raconté, ici comme à mes amis, que ce que je voulais raconter. Le pire est glauque et surtout sans intérêt. Mais le pire existe et menace plus que quiconque celui qui se croit à l’abri.
Pas un matin ne passe sans que je repense à cette vague de chance qui m’a emportée avec elle depuis avril. Et cette chance, je n’oublie pas que je la dois d’abord à mon obstination (et à celle de AC et T, seuls référents du “milieu” à avoir cru en moi du premier au dernier jour) et à l’argent. Pas à l’argent de l’Etat. A celui de ma mère. A celui qui a servi à me “payer” un travail (oui, investir plusieurs milliers d’euros pour trouver et vivre, du jour au lendemain, dans un appart provisoire, puis pour déménager et devenir locataire d’un “vrai” appart, etc. ça s’appelle “acheter” un travail) et à me sortir de cet enfer.
Alors oui, bien sur, ce billet est motivé à 3000% par le JT de ce soir. Où l’officialisation du RSA – qui à mes yeux est une grande et belle nouvelle – a été annoncé comme “la taxation supplémentaire de 1,1% des revenus du capital pour 1 foyer sur 2” ce qui a contribué à remonter un peu plus les gens contre ces profiteurs de RMIstes et m’a, of course, totalement hérissé les poils pubiens … Donc je vous en parlerai.
A ma façon. Avec mes mots et mon regard. Qui ne prétendent pas être le reflet de la “vérité” mais juste une vision peut-être moins politiquement correcte mais probablement bien plus vécue que n’importe laquelle de celles qu’on a pu vous conter ! A suivre.
















