Claude Lelouch, D’un film à l’autre

Il y a un mois, j’ai vécu une soirée que je n’aurais jamais osé imaginer (merci au concours de HautEtFort) : une avant-première au Club 13, le fief de Claude Lelouch. Une salle de projection privée faite de cuir et de bois, un bar au summum de la cosy’tude et une ambiance intimiste, bref un lieu totalement “habité” par l’âme du cinéaste. Je n’étais bien sur pas là pour m’extasier sur le moelleux des canapés, mais pour découvrir un film/documentaire consacré aux 50 ans de carrière de Claude Lelouch, ce qui tombait drôlement bien puisque je suis une grande fan du cinéma de cet auteur si controversé. Pourtant, le cinéma d’auteur c’est pas du tout mon truc en principe. Je vais rarement (pour ne pas dire jamais) voir un film pour son réalisateur, mais plutôt pour ses acteurs ou son sujet. En cela, Lelouch est pour moi une exception puisque j’ai vu TOUS les films qu’il a tournés entre 1981 et 2002 (date à laquelle j’ai renoncé, trop déçue que j’étais par les deux derniers), plus quelques autres tournés antérieurement. Soit une bonne grosse quinzaine de films au total … c’est à dire (aem) à peine un tiers de sa carrière !

Lelouch est un cinéaste un peu à part, un homme comme je les aime capable de déchainer les passions. On adore son œuvre ou on la déteste, mais on est – je crois – rarement indifférent à son travail. Lelouch est aussi – et ça j’adore encore plus – un homme relativement barré(1), qui donne l’impression d’être un gamin qui fait des films pour réaliser ses propres rêves et non pour se fondre dans un moule qui ne serait jamais à sa taille. Et puis Lelouch sublime ses acteurs : s’il filme si bien les rapports amoureux c’est probablement parce que ses héroïnes sont la plupart du temps des femmes qu’il a Aimées, et personnellement si j’aime autant ses films c’est pour la pureté des sentiments qui s’en dégage, un peu comme si ses films étaient plus “vécus” que “joués”. Oui voilà, en résumé Claude Lelouch pour moi c’est du cinéma incarné.
Mais parlons de cette jolie actu “D’un film à l’autre” qui devrait réconcilier les amoureux et les détracteurs (qui ainsi comprendront sa démarche) du cinéaste. Le pitch ? “Le 13 avril 2011, la société LES FILMS 13 aura cinquante ans ! Comment fêter un tel anniversaire ? En réalisant tout simplement un AUTRE film qui résumerait tous les précédents. D’UN FILM À L’AUTRE est donc une sorte d’anthologie des films produits par LES FILMS 13 depuis les années 60, un best-of d’un demi-siècle de cinéma. En réalité, D’UN FILM À L’AUTRE est plus qu’une suite d’extraits de films, d’interviews et de making-of (certains ont une indéniable valeur historique, comme celui d’UN HOMME ET UNE FEMME ou les derniers instants de Patrick Dewaere). C’est aussi et surtout la CONFESSION d’un auteur qui commente son œuvre et sa vie en toute objectivité. Claude Lelouch nous parle des uns, des autres, des hommes, des femmes, de ses succès aussi retentissants que ses échecs, de sa vie privée si étroitement liée à sa vie de cinéaste. Ce film c’est le TÉMOIGNAGE d’un créateur qui se penche lucidement sur lui-même et rend un hommage vibrant à tous ceux (acteurs, auteurs, compositeurs de musique, co-producteurs, exploitants, …) qui l’ont accompagné pendant un demi-siècle.”
Alors voilà, en un mot comme en cent, j’ai ADORÉÉÉÉÉÉÉ (et pas seulement parce que Claude Lelouch était présent à la fin de la projection pour répondre aux questions ;-) ! Adoré vraiment, d’abord parce que j’ai découvert tout un pan de la carrière de Lelouch que je ne connaissais pas (faut dire qu’on n’a pas tout à fait le même âge quoi…), mais surtout adoré la cohésion de son travail. Car ce que montre ce film avant-tout c’est l’histoire d’un homme en marche. Un homme qui suit sa propre route et ses propres idées, faisant fi des critiques qui fusent pourtant de toute part. Un homme humble capable d’analyser/reconnaitre ses erreurs aussi. Un homme VI-VANT. Bref, j’ai adoré ! Et puis, redécouvrir sur grand écran les films qui m’ont particulièrement marquée comme “Il y a des jours et des Lunes”, “Tout ça pour ça” ou le sublimissime “Hasards ou coïncidences” c’était tout de même assez magique…
Bref, que vous aimiez ou non Lelouch, je ne saurais que trop vous recommander d’aller dès demain découvrir “D’un film à l’autre” !!! Mais d’ailleurs, Claude Lelouch, vous l’aimez vous ?

(1) Si vous ne le connaissez pas, je vous recommande drôlement de regarder sur la toile “C’était un rendez-vous”, un court métrage de Lelouch (merci @Mandchoo qui me l’a fait découvrir) complèteeeeeeeement barré, qui sert d’ailleurs d’ouverture à “D’un film à l’autre”. Tournée en 1976, cette traversée de Paris, à TRÈS grande vitesse (Lelouch est au volant, il n’y a AUCUN trucage), est un plan séquence de 9mn tourné avec une caméra placée à l’avant d’une voiture. Ce court métrage résume bien “l’esprit Lelouch” qui me plait tant, très loin des conventions et du politiquement correct. Du COUILLU, voilà. Ah et, last but not least, je vous conseille tout autant ce chouette reportage (CLIC) dans lequel Claude Lelouch, 20 ans plus tard, refait le même parcours en donnant foison d’anecdotes au sujet du tournage…










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