“Un heureux événement”, avec Louise Bourgoin 61

Une semaine que je rechigne à écrire cet article. Une semaine que j’ouvre puis referme consciencieusement cette page en espérant que demain, ça ira mieux et que les mots seront moins violents. Pourtant, donner mon avis sur un film je sais faire. Je l’ai fait plein de fois. Mais là, c’est différent. D’ailleurs, après la projection aussi c’était différent, l’ambiance était inhabituellement vive et les questions, toutes plus virulentes les unes que les autres, fusaient de toute part. Parce que ce film, dont tout le monde parle, a clairement le mérite de susciter le débat. Je ne saurais pas dire si je l’ai aimé ou pas (je ne me suis pas ennuyée et j’ai pas mal ri, oui), en revanche depuis 8 jours j’y ai repensé au moins 2993 fois.

Je l’ai déjà un peu raconté ici (clic), je suis “rangée” (pouark) dans la case de celles qui ne veulent pas d’enfant. Pour plein de raisons que j’ai longuement analysées et soupesées (j’ai pas décidé ça un matin en me levant, ça a été une réflexion de plusieurs années), parmi lesquelles : je ne veux pas devenir Barbara, l’héroïne du film. Je ne veux pas devenir cet être qui, après 3 contractions et une épisio, a envie de hurler au monde entier que youhou elle a trouvé un sens à sa vie (quelle tristesse ces gens qui sous-entendent qu’auparavant leur vie n’en avait aucun) et qui en moins de temps qu’il ne faut pour le dire se retrouve (la scène vaut son pesant de cahuètes) à une réunion (qui évoque étrangement l’idée qu’on peut se faire de celles de la Leche League) entre jeunes allaitantes/porteuses ! HORREUR. Bref, de femme, Barbara accède au statut suprême de mère, de celles qui regardent de haut les filles comme moi en les traitant de nullipares (et oui, dans nullipare ya nulle, comme on me l’a déjà fait remarquer). De celles qui deviennent précisément ce qui m’effraye probablement le plus dans la maternité : des louves s’affirmant femmes (alors que peu le restent vraiment, personnellement j’en ai rencontré à peu près 3 en 35 ans des comme ça – et dedans j’inclus ma propre mère que je ne remercierai jamais assez d’être d’abord restée une vraie femme en devenant mère) qui martèlent SURTOUT à celles qui n’ont AUCUNE envie de l’entendre que la maternité c’est trop bien et que l’allaitement et que les couches lavables et patin et couffin (je développe pas, Florence Foresti fait ça très bien ;-)

En résumé ce film m’a fait un drôle d’effet, en mettant des images animées et des mots sur mon non-désir d’enfant, ou plutôt sur mon refus d’être mère. Car oui, en sortant (et après avoir hurlé 128 fois que ce film était probablement le meilleur contraceptif du monde), j’ai compris un truc que je n’avais jamais jusque là oralisé : la majeure partie du temps, ce ne sont pas les enfants que je n’aime pas, mais leurs mères. Et si je peux facilement me laisser attendrir par un tout petit, je suis en général très vite échaudée dès que sa mère ouvre la bouche. C’est un peu dur dit comme ça, oui. Mais pour avoir lu dans une autre critique du film que les filles qui ne veulent pas d’enfants avaient été confortées dans leur choix en voyant la scène de l’accouchement (scène qui, objectivement, ne m’a fait ni chaud ni froid), j’avais envie de rétablir MA vérité.

Avant que la moitié de la blogo-maman me tombe dessus (attention, je mords), je voudrais répéter une fois encore que tout ça n’est que MON avis (et croyez bien que je vous en ai livré une version light…). Dans la salle il y avait aussi des mamans (et futures mamans) et – pour celles qui se sont exprimées du moins – elles se sont reconnues dans ce film, certaines lâchant même de puissants MERCI au réalisateur à la fin car, enfin, elles se sentaient entendues dans ces bouleversements qu’elles avaient traversés. Vous l’aurez compris, comme en son temps le livre éponyme d’Eliette Abécassis, ce film fait débat mais s’adresse à tous : à ceux qui n’ont pas de désir d’enfants, à ceux qui hésitent, à ceux qui sont sur le point de, à ceux qui ont déjà. Car chacun trouvera là l’écho de sa propre voie (voix aussi, si vous voulez) et ne sortira pas indifférent de cette projection, c’est certain.

Last but not least, ce chiffre en constante progression : 20 à 25 % des couples se séparent dans les premiers mois après la naissance de bébé.

Parce que c’est aussi ça que dit ce film.

Un heureux événement, un film de Rémy Bezançon
avec Louise Bourgoin, Pio Marmaï, Josiane Balasko, Anaïs, Thierry Frémont, Firmine Richard… “Elle m’a poussée dans mes retranchements, m’a fait dépasser toutes mes limites, m’a confrontée à l’absolu : de l’amour, du sacrifice, de la tendresse, de l’abandon. Elle m’a disloquée, transformée. Pourquoi personne ne m’a rien dit ? Pourquoi on n’en parle pas ? Un heureux événement ou la vision intime d’une maternité, sincère et sans tabous.”